Toutes autant que nous sommes

UNE CRÉATION EN IMMERSION

Toutes autant que nous sommes a pour vocation de mettre en lumière des paroles de femmes, vivant dans  5 pays du monde. Comme les 5 doigts de la main, les territoires traversés vibrent ensemble d’une multitude de voix qui émergent. Ces émergences sont des îles. Si l’une bouge, l’autre se met en mouvement parce que nous sommes toutes reliées.

Cette création rassemble les pièces de notre histoire universelle et fait briller une unité morcelée. Elle se pense en trois temps : une immersion (action-recherche), une écriture (relier le réel à a fiction), une diffusion (partager au plus grand nombre).

5 pays
6 institutions
17 artistes
52 semaines

Premiers pas sur les toits du monde

Je suis née dans un avion.
De Moulins sur Allier j’atterris à Libreville. Premiers jours de vie et déjà le goût de l’inconnu creuse une empreinte féroce dans mes cellules, ma place est entre l’ici et l’ailleurs.
Véritablement, mon cœur et ma tête font leur premiers pas dans une culture africaine où la cadence semble m’apprendre à être en rythme avec ce qui m’entoure. Assise dans le pagne en wax, au dos de ma nourrice, je suis la petite blanche du marché aux épices. Ainsi démarre ma vie, avec des parents voyageurs, je prends goût aux terres inconnues.

Jeune adulte, je suis à la recherche de l’altérité à travers l’interculturalité que je construis dans mon travail. Mon écriture artistique se tisse à mi-chemin entre une parole symbolique (les contes) et les histoires du réel (témoignages et parcours de vie). Parfois, la réalité est trop abrupte, certains sujets ne peuvent être traités qu’en étant détournés, c’est ma fonction d’artiste que de trouver cette réception sensible chez les spectateurs. Je suis créatrice, conceptrice et réalisatrice des projets artistiques que je fabrique. J’écris, je fouille dans les mythes, je fais exister les histoires sur un plateau de théâtre et dans l’espace public. Qu’est ce qui fait récit collectif aujourd’hui ? Comment les histoires nous rassemblent ?
Le partage de la parole est la base de mon travail, l’espace public permet de toucher des publics qui ne poussent pas la porte des institutions culturelles. J’aime voir une maman avec sa poussette s’arrêter pour prendre un morceau d’histoire, l’art a ce pouvoir de créer l’imprévu. Je prends également beaucoup de plaisir à travailler avec des jeunes en difficulté, des personnes abîmées par la vie, afin qu’ils se remettent sur le chemin de leur propre parole. Avoir des mots c’est faire le premier pas sur le chemin de sa liberté.

Des mots pour exister.

À 10 ans d’intervalle : une urgence de dire qui se manifeste

Entre 20 et 25 ans, je questionne l’histoire de la françafrique qui se concrétise sous la forme d’un spectacle, Les ailes de Prune en 2010 après 5 ans de recherches en Afrique de l’Ouest (Togo, Bénin, Mali, Burkina Faso). C’est le premier spectacle que j’écris, réalise et joue en partant des rencontres faites sur le terrain qui ont nourri une envie féroce de partager mon expérience.

Dix ans plus tard, le désir de me déplacer vers l’Autre vibre à nouveau. Une urgence, une nécessité de mettre du carburant dans la machine à rêver l’humain.
Partir, faire ce pas de côté c’est prendre le temps nécessaire à des rencontres hors-normes, imprévues, presque impossibles.
Provoquer ces instants partagés, créer le cadre pour que le dialogue existe, c’est pour cela que je vis. C’est ce qui me tient DEBOUT.

Traverser le miroir : Plonger dans un dialogue de femme d’occident à femme d’orient.

Je ne parle pas l’arabe mais c’est une culture que j’ai rencontrée par le biais d’un projet que je mène depuis 4 ans à Paris à destination des personnes en parcours de migration, Mobile Home. Au contact des personnes exilées, je suis en relation avec les sonorités de cette langue arabe aux multiples visages. Les cultures de l’Islam sont des mondes qui vivent en interaction les uns avec les autres et aussi avec le mien. Les événements tragiques des cinq dernières années ont creusé un fossé dans la compréhension mutuelle que nous pouvons avoir de nos croyances. Aujourd’hui à Paris, une maman voilée ne peut pas accompagner une sortie scolaire. Les médias attisent les oppositions entre les gens, les cultures, en posant un filtre sur le regard que nous portons sur ce qui nous entoure ; avec ce projet je cherche à traverser le miroir. Comprendre qui est l’autre, mon voisin qu’il soit proche ou loin.

Les pays concernés : France, Tunisie, Turquie, Iran, Jordanie

Ces cinq pays tissent le fil rouge d’une histoire aux multiples visages. De femme d’ici à femme d’ailleurs, c’est à travers différents temps de résidences, en France et à l’étranger que j’inscris mon parcours de recherche : plonger dans des univers où la féminité, l’amour et la liberté s’incarnent sous toutes formes, à travers toutes voix.
A 20 ans, je tombais amoureuse au Togo, je me suis mariée à 23 et à 30 j’ai vécu ma première rupture. C’est comme si mon cœur avait explosé dans ma poitrine. Comme un pays qui éclate. Peux t-on parler d’amour comme on parle d’une guerre?
Aller à la rencontre d’autres femmes c’est aussi aller repêcher des morceaux de mon cœur dans l’ailleurs, là où il s’est toujours trouvé. Je suis blanche et noire à la fois.
Vieille et jeune.
Je suis Paris, Tunis, Istanbul, Téhéran et Amman.
Dans ces pays là, comment parle t-on d’amour ? Du chagrin d’amour ? Comment s’en remet-on ? Chanter, danser, raconter des histoires qui soignent ? Chacune de nous porte le fragment d’une vérité, est-il possible de donner une tentative de réponse en rassemblant tous ces témoignages ?
Quel est le programme pour remettre son cœur en mouvement et tenir à nouveau DEBOUT ?

Fil rouge du projet de création : à la recherche d’une unité morcelée ?

La France est mon point de départ car c’est ici que je vis. Inscrire mon travail sur le territoire que je traverse chaque jour en prenant la métro, en marchant dans la rue, en occupant un bureau collé à un hôtel social me permet d’être connectée au réel d’ici avant de me confronter à une autre réalité.

La Tunisie est mon premier “port d’arrivée” car c’est le pays que je connais le mieux pour m’y être rendue à trois reprises, j’y ai lié des liens d’amitié avec différents artistes et associations émanant de la société civile qui me permettent de démarrer ma recherche en toute confiance.

La Turquie a été sur ma route pour des questions plus politiques, notamment sur la question de l‘hospitalité envers les personnes migrantes et comment la régression de la libre circulation transforme le projet européen, ses valeurs, ses institutions et son projet d’intégration ?

L’Iran parce qu’en décembre 2018 je découvre bouleversée le récit de cette femme iranienne qui se rase la tête pour ne plus porter son voile qu’elle laisse s’envoler. Des milliers d’autres reprendront ce geste héroïque, un voile suspendu à un bâton pour abolir l’obligation d’en porter un.

La Jordanie est l’héritière des empires qui ont successivement dominé la région des quatre fleuves berceaux de l’humanités et des histoires qui en découlent : le Jourdain, l’Euphrate, le Tigre et le Nil. Cette géographie particulière m’inspire une idée de retour à la matrice, aux contes originels.

J’imagine traverser ces cinq pays comme un passage symbolique dans le ventre du monde, là où les langues des femmes se délient pour se relier les unes aux autres, comme un sentiment d’unité retrouvé.

Tendre le micro c’est donner la possibilité à toutes les paroles de s’exprimer. La barrière de la langue pourra être levée à l’aide d’une traductrice. Je dis une car mon idée est d’aller à la rencontre de ces femmes dans des endroits qui lui sont dédiés : hammam, salon de beauté, chez l’habitante… afin de rentrer en dialogue dans des lieux de confiance où la parole soit libérée. Avec un enregistreur et en demandant systématiquement l’autorisation, je poserai des questions, enregistrerai des ambiances, des sons pour que cette matière sonore soit réinvestie dans ma création.

L’étape suivante sera de fabriquer à Paris l’écriture sonore d’un conte électro. Mon but étant in fine de relier les témoignages du réel à un récit théâtral afin que mon œuvre ait une portée universelle. Cette matière sonore sera travaillée avec un musicien-DJ qui mêle les sons traditionnels à des sonorités électroniques. A travers le récit de mon personnage principal je souhaite réaliser le portrait en creux de toutes les femmes qui témoignent, ce projet est une ode à la liberté, une déclaration d’amour à toutes les guerrières ordinaires qui se battent avec leur cœur pour un monde plus juste.

Cinq étapes / Cinq hypothèses de départ

Il est nécessaire de bien saisir les enjeux de chacun des territoires traversés. Ma posture d’Artiste-Reporter réside dans mon désir de formuler des questions puis de partir sur le terrain chercher les réponses. Dans ce projet, je suis multiple : la Chercheuse créé l’architecture du projet, la reporter donne le cadre de l’interview et l’artiste formule. Avant mon départ je souhaite confronter mes questionnements à un groupe de personnes “ressources” résidant à Paris :

Olivier Villanove est conteur lauréat du programme Hors les murs de 2014, il a réalisé un projet en Iran en traversant la Turquie.

Marjane Satrapi est illustratrice franco-iranienne engagée dans la lutte de la condition des femmes en Iran. Notamment auteure de la bande dessinée « Persepolis ».

Jumana Al-Yasiri est opératrice culturelle syrienne, elle possède une large connaissance des enjeux de la région. En 2009 nous avons suivi le même Master en coopération artistique internationale à l’Université de Paris 8.

Dire le monde d’aujourd’hui : comment le réel infuse le récit et l’inverse?

Pourquoi ?

Écrire c’est comme enfiler un gant et faire vivre à sa plume une aventure hors du commun. Une seconde peau où me glisser, presque m’évanouir dans un monde sans limites, celui de l’imaginaire. Ce lieu est le territoire où je convoque les personnages de mon histoire. Le récit que j’imagine est une fiction, l’histoire d’une jeune femme de ménage et à travers elle je veux faire témoigner des héroïnes du quotidien. Guérillères ordinaires qui portent le monde et sous tendent le fil narratif par leurs interventions sonores. Ce temps de recherche à Paris va me permettre de construire la dramaturgie de façon organique, définir des espaces à des témoignages enregistrés.

Quelles ressources sur le terrain ?

Pépito Matéo : conteur et acteur passionné par l’écriture orale, il m’accompagne ponctuellement dans la construction de la dramaturgie.

Gigi Bigot : conteuse spécialiste de la parole symbolique, elle m’accompagne sur l’introduction de motifs du conte dans l’écriture du récit.

Festival Rumeurs Urbaines : dispositif d’accompagnement de conteurs émergents dépositaires d’une parole contemporaine.

Nathalie Pernette : artiste chorégraphe avec qui je souhaite réinventer les gestes du ménage dans un parcours dansé qui puisse servir le récit : le corps raconte tout ce qui ne peut se dire avec des mots.

Star Hotel : Hôtel social géré par le SAMU Social aux Lilas hébergeant des mères et leurs enfants. C’est auprès des mamans rencontrées en 2019 que je souhaite mener mes premières interviews.

Comment ?

Une résidence dans un théâtre parisien : être accompagnée sur les grandes étapes du récit.

Un temps dédié à l’architecture du projet d’écriture : comment articuler récit fiction- nel et femmes interviewées ? Quels sont les fils dramaturgiques à tirer pour “faire théâtre”, créer une unité à partir de récits morcelés.

En tant qu’auteure et interprète, mon écriture se construit en aller-retour entre un travail à la table et une recherche au plateau dans le but de tendre vers une écriture orale.

Durant cette première étape parisienne, il s’agit pour moi d’être accompagnée dans l’émergence de mon écriture pour explorer en profondeur tous les territoires encore immergés de l’histoire que je veux raconter, actuellement en gestation.

15 janvier
au 15 avril 2020

Naître fille impose-t-il une destinée toute tracée ? Comment dévier de cette trajectoire ?

Pourquoi ?

En octobre 2015, je découvre la ville de Tunis en participant au festival Dream City aux côtés d’un groupe d’habitants de la médina. Durant deux semaines j’habite à Beb Jedid (quartier nord de la médina), je plonge dans ce lieu mythique et central de la vieille ville, à l’occasion d’un projet participatif ayant pour intention de faire revivre l’esprit du cinéma dans les arrières boutiques de la médina. Je suis ainsi entrée en relation avec cette culture.

“Autrefois, Tunis s’écrivait Tines, ce qui voulait dire la première porte qui ouvre le continent africain” raconte le vieux boutiquier de la ruelle devant la grande mosquée. Déjà à ce moment, j’ai un enregistreur entre les mains pour ne pas perdre une miette de mot.

Je retourne trois fois en Tunisie par la suite (Tunis, Redeyef, Gafsa, Hammamet) afin de poursuivre mon travail de recherche sur les contes. Lors de ces mobilités, je suis soutenue par la fondation Roberto Cimetta, l’Institut Français de Tunis et le Relais Culture Europe.

Quelles ressources sur le terrain ?

Farah Ben M est une illustratrice tunisienne rencontrée lors du festival Dream City. J’ai eu un réel coup de cœur pour son travail et je souhaite prendre le temps d’échanger sur nos matières artistiques respectives ayant en commun le même fil rouge : parler et montrer des femmes. (illustrations de Farah Ben M page de garde).

Selim Ben Safia est chorégraphe est opérateur culturel, il dirige l’association El Badil qui œuvre pour la diffusion de spectacles dans les régions n’ayant pas accès à la culture. Dans le cadre de la saison 2020/2021 du festival Hors-lits rayonnant sur toute la Tunisie, j’envisage d’accompagner Selim lors de ses repérages dans les villages du sud de la Tunisie.

Association Chouf : Bochra Triki, association pour la condition des femmes. Selma et Sofiane Ouissi sont les directeurs artistiques du festival Dream City, ils ont eu l’occasion de monter un projet avec les femmes prostituées de la rue.

Autres personnes ressources : Cyrine Gannoun, directrice du théâtre El Amra, Essia Jaibi, metteuse en scène, Majd Mastoura, comédien et slameur.

Comment ?

Un moment sur place avec Farah Ben M

Partir ensemble dans le village du nord de la Tunisie, X, un village très pauvre où l’on envoie les jeunes filles travailler en tant que femmes de ménage dans les riches demeures de la Marsa (banlieue chic de la capitale). Grâce à une mise en lien par Farah, je pourrai mener des interviews auprès des jeunes filles qui s’apprêtent à partir.

15 novembre
au 15 décembre 2020

Dans une Turquie à deux visages : à quoi rêvent les jeunes filles ?

Pourquoi ?

En mai 2018, je me rends une première fois à Izmir avec le groupe I-TEAM du Relais Culture Europe et rencontre une association oeuvrant pour l’accueil de femmes migrantes et de populations LGBT. Il en ressort une volonté de la société civile de s’émanciper des carcans sociétaux dans lesquels les populations en marge n’ont pas leur place.

En juin 2018, à l’université d’été de l’institut français avec des professeurs français et turcs, j’expérimente des méthodes d’apprentissages de la langue française par le biais des arts de la parole. Mon groupe est composé à grande majorité de femmes, elles se rencontrent sur le terrain des histoires, inventées ou réelles ; la parole contée comme le lieu de rencontres et de connivences. Cette mise à nue des participantes provoque chez moi un déclic : le territoire des histoires repousse les frontières, l’imaginaire ouvre une porte au dialogue.

Quelles ressources sur le terrain ?

Lale Akkaya : directrice du lycée Le Petit prince, établissement scolaire mixte Istanbul (français et turc), nous sommes en lien afin que je puisse venir travailler avec une classe de lycéennes et mener des interviews.

Bruno Delvalle : attaché de coopération éducative, Ankara. Mise en lien avec les établissements scolaires, expressions entre les deux langues (turc et français).

Merve Gezen : réalisatrice de films portant sur les violences faites aux femmes en Turquie

Comment ?

Un moment dans la classe des lycéennes.

Passer du temps avec les jeunes filles. Tenir des temps de paroles, partir du conte “Les souliers rouges” comme point de départ au dialogue. Quel est leur rapport à la danse ? La danse est-elle synonyme de liberté ? Ont-elles le droit d’aller danser ? Où dansent-elles ? A partir de là, je souhaite les suivre lors d’actions quotidiennes : se maquiller face au miroir, aller au salon de beauté…

15 décembre 2020
au 15 janvier 2021

Face à la domination, comment la contestation des femmes s’organise et quelles formes artistiques émergent pour nourrir les luttes ?

Pourquoi ?

Depuis la révolution islamique de 1979, le voile est obligatoire et les femmes se battent pour leur liberté même si elles doivent payer le prix cher, la police des mœurs s’assurant du respect de la loi. En 2018, les iraniennes utilisent les réseaux sociaux pour mettre en lumière leur combat : « Le mouvement permet à nos voix d’être entendues dans le monde entier. Et nous avons réussi à faire en sorte que cela continue», explique l’une de ces femmes arrêtées, Azam Jangravi.

Je me sens solidaire de ces femmes qui sont dans l’action et risquent leur vie, leur liberté pour défendre la condition des femmes. Marjane Satrapi est une personnalité ressource de ma quête. Elle a contribué à vulgariser le combat des femmes en Iran afin de le rendre visible aux yeux du monde. En tant qu’artiste franco iranienne elle déploie toute sa palette pour montrer le clair obscur qui émane de son pays d’origine : entre fascination et peur.

Quelles ressources sur le terrain ?

Phillipine Bentegeat, attachée de coopération d’action culturelle à l’ambassade de France

Lieu de résidence à Ispahan : accueil d’artistes internationaux afin de favoriser le dialogue inter-culturel

Comment ?

Témoignages de celles qui ont enlevé leurs voiles en 2018 : 2 ans après où en sont-elles ?

À la rencontre de Vida Movahed (première femme photographiée, juchée sur une armoire électrique, son foulard blanc accroché au bout d’un bâton) je souhaite plonger dans le combat de ces femmes et leur donner la parole sur la nécessité de la naissance de ce combat dans l’espace public. L’usage du mobilier urbain pour se mettre DEBOUT est omniprésent dans les images qui circulent. Comment un tel mouvement pourrait se traduire à travers une réforme, comment s’organisent-elles pour ne pas perdre l’essoufflement ? Les artistes s’emparent-ils de ce mouvement dans leur création ?

15 janvier
au 15 février 2021

Du rêve à la réalité : pourquoi faut-il continuer à puiser dans nos racines universelles pour raconter des histoires personnelles ?

Pourquoi ?

Le mot Amman m’est venu en rêve. C’est ainsi, cela ne s’explique pas.

Accrochée à ce mot comme un pèlerin à son bâton, j’ai interrogé l’origine de ce mot et c’est ainsi que j’ai ouvert la boîte de pandore. Dans la mythologie grecque, celle-ci contenait tous les maux de l’humanité, notamment la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, la Mort, le Vice, la Tromperie, la Passion, l’Orgueil ainsi que l’Espérance.

Mot-coffre ou mot-fleuve, Amman incarne le plongeon ultime.
Terminer avec cette destination apporte un sens très symbolique au chemin parcouru, que les paroles entendues puissent se déposer en un lieu sacré.

Connue pour être l’une des plus vieilles villes du monde traversée par le fleuve Jourdain, histoires, mythes et contes coulent avec l’eau qui traverse les nombreuses ruines antiques. L’histoire de l’humanité coule à Amman. D’ailleurs si on inverse les lettres Amman donne Maman.

En Jordanie, il sera temps d’interroger la langue et la signification du mot Amèn / Amaan / Aman dans les cultures du monde arabe. Par exemple, j’ai déjà ap- pris qu’en Irak, les amanesques sont un appel à la spiritualité, elles permettent au chanteurs de “montrer l’étendue de leur voix” ; en Tunisie Amèn c’est la sécurité, le refuge ; l’origine du mot Aman en hébreu c’est “croire / désirer” ; en Grèce c’est “dire toute sa peine” ; chez les touaregs c’est “l’eau”, et récemment un breton m’a dit que pour lui la mane c’est le “pain”.

Quelles ressources sur le terrain ?

Shalabieh al-Hakawatieh : conteuse Palestinienne- Jordanienne faisant revivre une forme d’expression traditionnelle, provoquant le public avec des contes qui ont pour thèmes la mémoire et les relations entre les sexes.

Festival de Hakaya (partenaire de la Maison du Conte) : réseau qui rassemble des individus, des groupes et des organisations qui utilisent la narration sous ses différentes formes d’apprentissage, d’art et de vie pour contribuer à la durabilité et au développement de l’art du récit en tant que catalyseur de la croissance organique des commu- nautés et du renforcement de leur tissu social.

Comment ?

Avec la conteuse Shalabieh : à la rencontre des mythes et légendes du Jourdain.

L’eau est l’élément de prédilection des femmes, je souhaite mettre en perspective la place de la femme avec l’histoire de ce fleuve sacré. Le bassin du Jourdain est une zone de conflits. En effet, prenant sa source au Liban, le Jourdain sépare Israël des Etats arabes voisins, Syrie et Jordanie. Il borde précisément deux territoires fortement contestés : le Golan et la Cisjordanie, occupés par Israël depuis 1967. La problématique de l’eau dans le bassin du Jourdain s’inscrit donc pleinement dans le conflit israélo-palestinien.

A la lueur des contes qui nourrissent l’humanité, le Jourdain sera pour moi le point d’arrivée pour rassembler mes idées et déposer mon état d’âme de cette traversée de quatre mois.

du 15 février
au 20 mars 2021

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